Djibouti lance un projet de construction d’un centre d’enfouissement technique à Chebelley
Face à l’augmentation de la production de déchets solides et aux défis environnementaux qui en découlent, le gouvernement djiboutien a officiellement lancé le dimanche dernier, dans les locaux du ministère de l’économie et des finances, chargé de l’industrie, un projet ambitieux visant à moderniser la gestion des déchets en mettant en place à Chebelley, dans la région d’Arta, proche de la capitale, un Centre d’Enfouissement Technique (CET). Il s’agit là d’un projet inscrit dans le cadre du programme Djibouti-ville Propre.
L’initiative est le fruit d’une collaboration étroite entre Djibouti, la République Française et l’Union Européenne. Elle bénéficie d’un financement conséquent, à hauteur de 16.5 millions d’euros dont 11.5 millions soit 70 % par l’Agence Française de Développement (AFD) et 30 % par l’Union Européenne. Sa mise en œuvre est assurée par l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS), qui aura pour mission de réaliser les différentes phases du projet et d’assurer son bon déroulement. Pour l’Office de la voirie de Djibouti, principal bénéficiaire du projet, il profitera de l’accompagnement d’une expertise externe pour gérer cette infrastructure, d’importance capitale pour l’environnement mais également pour la santé de la population.
La cérémonie de lancement, qui s’est tenue hier matin dans la grande salle du ministère de l’Économie et des Finances chargé de l’Industrie (MEFI), a réuni de nombreuses personnalités de premier plan. Parmi lesquelles le ministre de l’Économie et des Finances, Ilyas Moussa Dawaleh, la ministre des Affaires sociales et des Solidarités, Ouloufa Ismail Abdo, ainsi que le ministre de l’Intérieur, Saïd Nouh Hassan. Aux côtés de ces membres du gouvernement djiboutien, l’événement a également accueilli l’ambassadrice de France à Djibouti, Dana Purcarescu, l’ambassadrice de l’Union Européenne, Denisa-Elena Ionete, le directeur de l’AFD, Eric de Guerpel, ainsi que d’autres acteurs clés, tels que le secrétaire général du ministère de la Ville, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Abdulkerim Mohamud Hassen, le directeur général de l’office de la voirie de Djibouti, Charmarké Youssouf Moussa, le directeur général de l’ADDS, Mahdi Mohamed Djama et le directeur du financement extérieur du MEFI, Ali Mohamed Ali Gadileh. Tout ce beau monde adhère au bien-fondé de ce projet d’envergure qui repose selon ses concepteurs sur plusieurs piliers complémentaires qui permettront de structurer et d’améliorer durablement la gestion des déchets à Djibouti.
Il est à noter que la première composante concerne la construction d’un Centre d’Enfouissement Technique moderne, conforme aux normes environnementales internationales. Ce centre, qui sera aménagé à Chebelley, garantira un stockage sécurisé des déchets tout en réduisant leur impact sur l’environnement et la santé publique. À travers l’utilisation de techniques avancées de compactage et d’enfouissement, ce site jouera un rôle essentiel dans la lutte contre la prolifération des décharges sauvages, qui constituent aujourd’hui une menace majeure pour l’écosystème et la qualité de vie des habitants.
En complément de cette infrastructure, le projet prévoit également la mise en place d’un centre de tri et de recyclage. Ce dispositif vise à encourager le tri sélectif à la source et à favoriser la réutilisation des matériaux recyclables. En valorisant les déchets plutôt que de les éliminer systématiquement, cette initiative contribuera à la réduction du volume des déchets à enfouir et participera au développement d’une véritable économie circulaire. Par ailleurs, ce centre créera de nouvelles opportunités d’emploi, notamment pour les populations locales impliquées dans la collecte et la valorisation des déchets.
Outre les aspects techniques et environnementaux, le projet accorde une attention particulière aux dimensions sociales et humaines. Un programme d’accompagnement sera mis en place afin de soutenir les chiffonniers et les populations vivant à proximité des décharges. Ce volet inclura des formations et des programmes de réinsertion professionnelle, offrant ainsi à ces travailleurs informels de nouvelles perspectives économiques et améliorant leurs conditions de vie.
Après la présentation du projet, place aux interventions…
Lors de son intervention, l’ambassadrice de l’Union Européenne à Djibouti, Denisa-Elena Ionete, a souligné l’importance de ce projet dans la stratégie environnementale du pays. Elle a rappelé que l’Union Européenne accompagne Djibouti depuis plusieurs années dans ses efforts pour améliorer la gestion des déchets solides.
« Dès 2014, nous avons soutenu la construction du premier Centre d’Enfouissement Technique de Douda, qui a permis de structurer la gestion des déchets dans la capitale. Toutefois, la saturation rapide de ce site a mis en évidence la nécessité d’un investissement supplémentaire et d’une approche plus intégrée et durable » a rappelé la diplomate européenne avant de mettre l’accent sur les défis auxquels Djibouti est confronté actuellement.
« Aujourd’hui, la ville de Djibouti produit environ 397 tonnes de déchets par jour, dont une grande partie n’est pas traitée de manière appropriée, aggravant ainsi les problèmes environnementaux et sanitaires » a précisé Mme Ionete, justifiant ainsi l’urgence de ce nouveau projet
Pour sa part, l’ambassadrice de France à Djibouti Dana Purcarescu, a insisté sur l’importance d’un accompagnement sur le long terme. Elle a rappelé que la gestion des déchets est une problématique persistante qui nécessite une expertise continue et une coordination efficace entre les différentes parties prenantes. Elle a également mis en avant la nécessité d’inclure les populations les plus vulnérables dans le processus, pour assurer leur intégration dans cette nouvelle dynamique de gestion des déchets.
La ministre des affaires sociales et des solidarités Mme Ouloufa Ismail Abdo qui l’a suivi, partage la même conviction. Elle a notamment insisté sur l’engagement du gouvernement, du président de la République et de la société civile, notamment l’Union nationale des femmes de Djibouti, dans la propreté et la gestion des déchets urbains. Ce projet intègre selon la ministre également un volet social avec la construction d’écoles et des programmes de formation pour autonomiser les populations locales.
Pour le ministre de l’intérieur, M. Saïd Nouh Hassan, « Face à l’urbanisation rapide et aux risques environnementaux liés à la mauvaise gestion des déchets, ce centre, conforme aux normes internationales, offrira une solution moderne pour réduire la pollution et améliorer le cadre de vie ». Le ministre a en outre évoqué la nécessité de l’implication de tous – collectivités locales, entreprises et citoyens – pour garantir le succès du projet, affirmant l’engagement du gouvernement à mener des politiques environnementales ambitieuses pour un avenir durable. Le ministre Said Nouh Hassan a notamment insisté sur « le civisme des djiboutiens pour ne pas jeter leurs poubelles n’importe où et de payer la redevance de l’OVD ».
Des propos qui seront confirmés par le préfet de Djibouti, Abdi Sikieh Kayad.
Clôturant cette série d’intervention, le ministre de l’économie et des finances, chargé de l’industrie, M. Ilyas Moussa Dawaleh a souligné la nécessité d’investissements privés et d’un système efficace de collecte et de recyclage, à l’image de ce qui se fait à l’étranger. Il interpelle les partenaires internationaux, notamment la France et l’Union européenne, pour qu’ils maintiennent leur rôle de leader dans l’assainissement et la gestion des déchets.
Face à une urbanisation rapide due à l’exode rural et à la migration, le ministre Ilyas Moussa Dawaleh, insiste sur l’importance d’une planification urbaine durable et d’un développement équilibré des régions. Enfin, il appelle à un changement de mentalité pour que la propreté devienne une responsabilité collective, citant en exemple les pratiques strictes en vigueur dans d’autres pays.
Un impact positif pour l’environnement et la population
Les retombées attendues de ce projet sont nombreuses et touchent à la fois l’environnement, la santé publique et le développement économique. L’amélioration de la gestion des déchets permettra non seulement de réduire la pollution et de préserver les écosystèmes, mais aussi de limiter les émissions de gaz à effet de serre en encourageant le recyclage et en diminuant la quantité de déchets incinérés ou enfouis sans traitement préalable.
Sur le plan sanitaire, la mise en place d’un CET moderne et la fermeture progressive des décharges sauvages contribueront à réduire les risques d’infections et de maladies liés à l’exposition aux déchets. En parallèle, le projet générera de nouvelles opportunités d’emploi, notamment dans le secteur du tri et de la valorisation des déchets, créant ainsi une dynamique économique vertueuse au sein des communautés locales.
Et en marge de la cérémonie…
Pour savoir un peu plus sur le système de collecte actuel de déchets solide, nous nous sommes rendus à la préfecture de Djibouti à l’issue de la cérémonie. Sur place le préfet de Djibouti Abdi Sikieh Kayad nous a fait part de la chaine incluant la société civile, la voirie, les associations des quartiers mobilisées dans le cadre de la récolte des déchets.
Profitant de l’occasion, Abdi Sikieh Kayad a déclaré que le laisser aller ne sera plus toléré. Il a indiqué qu’un décret préfectoral visant à lutter contre les dépôts sauvages est en vigueur sous nos cieux. Lequel sanctionnera dorénavant d’une peine lourde ceux qui déposent des déchets sur les voies publiques.